From Russia with Love (sur le Climategate)

[Article initialement publié en novembre 2011]

Lundi 28 novembre commençait la dix-septième Conférence des Parties (COP17) sur le changement climatique, à Durban, en Afrique du Sud. Elle fait suite à celle qui s’est tenue l’an dernier à Cancun, au Mexique, assez peu médiatisée, et surtout à celle ayant eu lieu à Copenhague il y a deux ans, qui avait retenu l’attention du monde entier, avec la venue d’un nombre important d’hommes politiques de premier plan. Ce devait être, d’après les journalistes et certains scientifiques aimant les feux de la rampe, la dernière chance pour sauver le climat. L’affaire était si bien entendue que, dans les deux cas, les négociations n’ont permis d’accoucher que d’un accord à minima, permettant de vaguement sauver la face et de reporter les bonnes décisions à la prochaine réunion.

Copenhague avait aussi beaucoup attiré l’attention suite à ce qu’on a appelé le Climategate, la divulgation de fichiers numériques d’un important centre de recherche sur le climat (CRU) du Royaume-Uni, illégalement répandus sur internet. Notamment la sélection de 1073 courriels échangés entre chercheurs, britanniques et américains pour la plupart. Le but affiché des responsables de cette filouterie était d’exposer aux yeux de tous les dessous d’une certaine recherche dans le champ de la climatologie.

Le retentissement fut important dans le monde anglophone, dans la blogosphère climatosceptique bien sûr, mais aussi dans les journaux sérieux, y compris auprès de journalistes très impliqués dans la défense de l’environnement. En France, rien de tel. Les climato-sceptiques furent alors plus que jamais accusés de manipulation, de pratiques frauduleuses, en bref de faire les poubelles des arrière-cuisines des laboratoires de recherche pour salir des scientifiques honnêtes, en sortant de leur contexte des morceaux de phrases. Pour qui connaissait déjà bien le sujet du réchauffement climatique d’origine anthropique, la lecture attentive de ces courriels ne pouvait au minimum que jeter le trouble. La presse étant avide de sensationnel, qui fait vendre, on pourrait s’étonner qu’une telle aubaine n’ait pas été saisie. Mais en exonérant d’office la minorité agissante de scientifiques peu scrupuleux, ces médias d’information ne faisaient rien d’autre que ne pas nuire à leur bonne réputation, tant ils sont allés loin, en France, dans le militantisme, relais partisans d’une information au mieux tronquée. Quelques mois plus tard, une série d’enquêtes sur les pratiques des chercheurs incriminés, clairement menée à décharge, blanchissait opportunément tout ce petit monde (1), à la grande satisfaction de journalistes pouvant ainsi prétendre avoir toujours fait consciencieusement leur travail.

Depuis le 22 novembre, un air de déjà-vu caractérisait la période précédant la conférence de Durban. Un message fut laissé sur le blog anglophone The Air Vent, permettant le téléchargement de nouveaux courriels de chercheurs sur un serveur russe. Exactement ce qui s’était passé il y a deux ans (2). Il s’agit donc d’un Climategate 2, ou plus précisément d’une suite, d’un complément au premier Climategate. Les fichiers piratés (à moins qu’il ne s’agisse d’une fuite) n’avaient été que partiellement révélés. La suite est là, plus de 5000 mails accessibles, plus quantité d’autres, protégés par un mot de passe qui n’est pour l’instant pas encore connu, et qui semble inviolable.

Qu’en sortira-t-il ? Sans guère de doute, rien de plus qu’il y a deux ans. Ceux qui n’avaient rien trouver à redire en 2009 pourront toujours arguer qu’il n’y a là rien de plus que la dernière fois. Au contraire, ceux qui connaissent le sujet du réchauffement anthropique et iront y voir de près et sans parti pris trouveront confirmation de ce que laissait déjà entrevoir la précédente affaire : que certains scientifiques influents dans leur champ de recherche n’ont guère (eu) le comportement que l’on est en droit d’attendre d’eux. Le blog américain Watts Up With That (WUWT) en parle abondamment et le lecteur anglophone pourra s’y référer avec profit.

Qu’y trouve-t-on ? Même si nombre de personnes se sont attelées à leur consultation, on ne le saura pas de manière exhaustive avant un bon moment. Notons toutefois qu’une expression revient assez souvent, utilisée par Michael Mann, l’auteur principal de la fameuse courbe en forme de crosse de hockey : il faut « aider » ou « soutenir la cause ». Une terminologie qui devrait surprendre dans le cadre d’une recherche scientifique impartiale et d’une expertise honnête pour les Nations Unies. Voici pourtant ce que Hans von Storch, de l’université de Hambourg, dit de John Houghton, ex-co-président du groupe I de travail du GIEC (celui établissant les bases scientifiques du changement climatique) :

« En fait, je le considère comme un militant politiquement intéressé et non pas comme un scientifique. »

Une déclaration complétée par celle de Peter Thorne, du National Climatic Data Center (NCDC, de la NOAA, USA), à Phil Jones, directeur de la CRU, d’où proviennent les mails piratés :

« Je pense aussi que la science est manipulée pour lui donner un tour politique, ce qui risquerait de ne pas être très bénéfique pour nous à long terme. »

Une manipulation dont l’un des aspects consiste à savoir présenter les choses à son avantage. Phil Jones, s’adressant  à Kevin Trenberth, du National Center for Atmospheric Research (NCAR, USA), et David Easterling, du NCDC :

« Je ne vois pas non plus pourquoi les courbes devraient être symétriques. Celles des températures ne le seront certainement pas, puisque nous choisissons les périodes pour montrer un réchauffement. »

Il est bien d’autres manières d’orienter son travail scientifique. C’est la raison pour laquelle Phil Jones et certains de ses collègues, de peur que la loi ne les oblige à rendre publics leurs données, leurs méthodes de traitement de ces données, mais aussi les échanges de courriels, appelèrent plus d’une fois leurs interlocuteurs à effacer leurs messages. Ce que visiblement ils n’ont pas fait. On n’a pas fini d’en entendre parler…

(1) On pourra se reporter à Climat, mensonges et propagande (Éd. Thierry Souccar), qui relate les faits. Oui, c’est bien de la pub ! 

(2) D’aucuns, n’ayant pas froid aux yeux, évoquèrent l’hypothèse d’une barbouzerie, commanditée par des services secrets. D’où le titre de cet article, en forme de clin d’oeil…


L’ensemble des fichiers du Climategate 2 peut être téléchargé grâce à ce LIEN.

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