Climat de panique

[Article initialement publié en janvier 2014]

Du 11 au 22 novembre 2013 s’est tenue à Varsovie la 19e Conférence des Parties (COP19) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, réunissant près de 200 pays. Le but de ces onze jours de négociations internationales était de poser les bases nécessaires « pour qu’un accord universel contraignant soit conclu » dans deux ans, lors de la COP21 que Paris accueillera. Un accord qui ferait suite à celui de Kyoto. Signé en 1997 (COP3), entré en vigueur en 2005, ce dernier stipulait que les pays industrialisés devaient avoir réduit en 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) d’au moins 5,2 % en moyenne par rapport à 1990. L’échec du protocole de Kyoto fut total, puisque, globalement, ces émissions, loin de baisser, continuèrent d’augmenter. Un accord plus ambitieux et donc recherché, pour « sauver le climat », c’est-à-dire limiter le réchauffement à deux degrés Celsius. Face à l’incapacité de satisfaire à des obligations jugées trop limitées par ceux qui annoncent le péril climatique, il est donc sérieusement envisagé de mettre la barre plus haut, avec un accord exigeant, qui serait cette fois-ci respecté.

Cette conférence a bien sûr bénéficié d’un large traitement médiatique, renforcé par des articles plus nombreux qu’à l’accoutumée sur le réchauffement climatique et ses supposées conséquences.

Le grand public a ainsi pu apprendre que la certitude du GIEC sur la responsabilité humaine de l’évolution climatique récente était renforcée, désormais à 95 %, et entendre une énième fois que la température moyenne de la Terre ne cessera d’augmenter quoi qu’on fasse, que les océans continueront à monter dangereusement, que le temps sera de plus en plus contrasté et violent. L’actualité est venue illustrer ces propos, avec un puissant cyclone tropical ayant très durement touché les Philippines. Une fois de plus, c’est dans le registre de l’émotionnel que la question du réchauffement climatique a été le plus souvent traitée par les médias, et non en abordant les aspects scientifiques, particulièrement ceux qui dérangent, bien plus nombreux que l’unanimisme médiatique ne le laisse imaginer.

  • Les événements météorologiques violents, preuves du réchauffement ?

Pour faire naître le scepticisme, rien de tel que se tourner vers les prévisions de certains scientifiques des années 1970 qui, prolongeant une tendance, annonçaient un refroidissement aux conséquences catastrophiques. Si l’on met de côté la menace annoncée du niveau des océans, la liste des calamités redoutées était la même que celle d’aujourd’hui : sécheresses et inondations, causes de famines, tempêtes et cyclones. Comme aujourd’hui, les activités humaines étaient désignées comme responsables de l’évolution climatique constatée. La différence majeure est qu’à l’époque, malgré le catastrophisme, les scénarios étaient conformes à ce que l’on sait de la dynamique du temps et du climat et aux enseignements de la paléoclimatologie : ce sont les refroidissements qui sont responsables d’un temps plus violent, plus contrasté. Les prévisions catastrophistes annonçant cyclones et tempêtes comme conséquences d’un réchauffement n’ont aucune justification scientifique et sont contraires à ce que l’on sait du passé.

En 1990, le premier rapport du GIEC annonçait, avec prudence, des tempêtes moins fréquentes aux latitudes moyennes, expliquant que la violence du temps y est modulée par l’intensité du contraste thermique en surface entre hautes et basses latitudes. Dans un monde se réchauffant, le gradient thermique diminue, l’accroissement de température aux pôles étant beaucoup plus important qu’à l’équateur. Dès le second rapport en 1995 et sans que les lois de la Nature aient changé entre-temps, les prévisions du GIEC ont été inversées. Quant aux cyclones tropicaux, malgré une controverse qui a un temps animé la petite communauté des spécialises, rien ne permet d’affirmer qu’ils seraient plus nombreux ou plus violents dans un monde plus chaud. L’histoire montre le contraire. Malgré cela, le traitement médiatique des événements météorologiques violents rend de plus en plus responsable le réchauffement climatique anthropique. Le dernier exemple en date est bien sûr le cyclone ayant touché les Philippines, censé représenter le dérèglement climatique en cours, et que d’aucuns ont décrit comme le plus violent jamais observé, ce qui est faux. On s’est par contre abstenu de mentionner que la saison cyclonique 2013 a été remarquablement calme (encore plus que les années précédentes) et qu’aucune péjoration n’est perceptible depuis que l’on dispose de données fiables (satellites).

Les canicules sont elles aussi bien vite montées en épingle, preuve du réchauffement en cours ou, lorsqu’on est prudent (puisqu’elles ne sont pas aussi fréquentes qu’annoncé), du réchauffement à venir. Et comme le réchauffement climatique permet d’expliquer tout et son contraire, les vagues de froid que l’on a connues ces derniers hivers, un brin dérangeantes, sont elles aussi récupérées par l’intermédiaire d’explication pseudo-scientifiques permettant d’incriminer le réchauffement de l’Arctique et la fonte de la banquise. La moindre extension de celle-ci et l’océan plus chaud à sa place engendreraient, par un processus physique qu’il serait intéressant de connaître en détail tant c’est farfelu, des hautes pressions envoyant vers l’Europe occidentale un air encore relativement glacial. Avec de plus un possible effet différé, puisque c’est le déficit d’extension de la banquise en septembre-octobre 2011 qui aurait causé l’épisode froid de février 2012. On a aussi pu lire que le réchauffement était bien une réalité, car, sans lui, ces vagues de froid auraient été non pas inexistantes, mais plus intenses. Inversement, les épisodes froids des précédentes décennies, jusqu’aux années 1980, étaient dus, nous disait-on jusqu’à ces dernières années, à un Arctique plus froid, une banquise plus étendue. Toute nouvelle explication annule la précédente.

  • Le CO2 atmosphérique comme indicateur du réchauffement ?

Il faudrait donc, pour éviter toutes ces calamités inhérentes à la diversité des climats sur Terre et dont la fréquence et l’intensité augmentent lors des périodes de refroidissement, activement lutter contre le réchauffement climatique, c’est-à-dire tourner le thermostat du CO2, le dioxyde de carbone. Toute la théorie du réchauffement anthropique repose en effet sur une relation simpliste entre ce gaz et la température moyenne du globe. La concentration en CO2, dont la production anthropique est abondante mais ne représente pas grand chose dans le cycle naturel du carbone, est même devenue une nouvelle unité de mesure du réchauffement. Une unité bien pratique, qui monte continûment (abstraction faite du cycle saisonnier) : lors du pic du printemps boréal, nous aurions ainsi atteint 400 ppmv, soit 0,04 % en volume. Les efforts de limitation devraient être d’autant plus importants qu’un siècle serait nécessaire pour que la moitié du CO2 injecté par l’Homme dans l’atmosphère en ressorte. L’Organisation météorologique mondiale a même récemment parlé de temps de résidence du CO2 en termes de centaines, voire de milliers d’années. Des affirmations qui laissent songeur, sachant que, d’après les données fournies par le GIEC lui-même, un quart du stock atmosphérique de carbone y entre et en sort naturellement tous les ans, mais qui permettent de détourner l’attention d’un fait pour le moins dérangeant : alors qu’environ un tiers du CO2 émis depuis le début de la révolution industrielle l’a été depuis seulement une quinzaine d’années, la température moyenne de la Terre n’a plus augmenté sur cette même période.

Face à cette absence de réchauffement, les réactions ont été diverses. Le GIEC la reconnaît du bout des lèvres, mais cette divergence entre modèles et réalité ne l’a pas empêché de renforcer encore un peu sa confiance dans la théorie qu’il promeut. La plus courante en France est la dénégation. La présentation de l’évolution thermique du globe en moyennant outrageusement les données (moyennes mobiles ou décennales) permet de faire illusion, grâce à une importante perte d’information. La confrontation avec les courbes non trafiquées, accessibles à tous, est cependant fatale au refus de la réalité.

La variabilité naturelle a elle aussi été invoquée. De la même manière que lorsqu’il fait chaud c’est le réchauffement climatique et lorsqu’il fait froid c’est une simple question de météo, lorsque la température moyenne augmente c’est à cause des GES, mais quand elle stagne c’est la variabilité naturelle. Pourtant, combien de fois n’a-t-on entendu que cette dernière était largement dépassée par l’effet de serre additionnel, qui devrait être plus fort que jamais auparavant. Si elle est capable de surpasser le supposé puissant effet de serre anthropique actuel, alors nul besoin de celui-ci pour expliquer le réchauffement ayant débuté durant les années 1970, la variabilité naturelle suffit. Ce réchauffement n’est d’ailleurs pas différent en intensité de celui de la première moitié du XXe siècle, reconnu comme non anthropique.

La faible activité solaire est également appelée à la rescousse… maintenant qu’elle diminue, après avoir été très importante au XXe siècle.

La dernière explication consiste à reconnaître que la température de surface du globe n’a certes pas augmenté en moyenne, mais qu’en revanche il n’en demeure pas moins que le réchauffement continue. La chaleur est simplement là où l’on a du mal à la trouver : au fond des océans. Pour une raison inconnue, la chaleur qui jusqu’alors réchauffait l’atmosphère a décidé de s’accumuler au-delà des 700 premiers mètres sous la surface. Une hypothèse difficilement vérifiable (quand bien même des scientifiques expliquent que les 2000 premiers mètres se sont réchauffés en un demi-siècle de 0,06 °C – Quelle précision !) qui permet une nouvelle fois de ne pas remettre en cause ses certitudes, en sortant du chapeau une justification ad hoc. Quelle qu’en soit l’explication, cette absence de réchauffement ne serait qu’une « pause », temporaire par définition. Lorsqu’il reprendra, il sera enfin conforme aux prévisions des modèles, qui décriront enfin la réalité.

A contrario, toujours pas d’explication alambiquée, car pas d’explication du tout, pour justifier l’absence de hot spot tropical. La théorie du réchauffement climatique par effet de serre additionnel veut que la hausse de température de l’atmosphère soit particulièrement marquée au-dessus des régions intertropicales, vers 10 km d’altitude. Les observations indiquent que rien de tel n’est advenu.

Autre signature du réchauffement par la concentration atmosphérique croissante des GES : la baisse de température de la stratosphère, brandie par certains comme preuve. Là encore, la confrontation avec les faits est sans équivoque : non seulement on observe ici aussi une stagnation, depuis presque 20 ans, ce qui ne va guère dans le sens d’un réchauffement de surface toujours à l’oeuvre, mais encore on peut remarquer que cette température stratosphérique baissait également après-guerre, alors que l’on enregistrait en surface une baisse de la température moyenne, ce qui ne plaide pas pour une évolution climatique pilotée par le CO2, c’est-à-dire les activités humaines.

  • Au-delà du scepticisme, un vrai débat scientifique

Pour la quasi totalité de la presse française, et plus largement francophone, l’évocation de ces quelques points, les interrogations qu’ils font naître sur la théorie du réchauffement anthropique, qui se veut scientifique et doit donc être questionnée sur ce terrain, sont assimilées à la volonté de « propager le doute ». Comme si elles menaient directement hors du champ scientifique. Il ne s’agit pas d’une polémique, comme nous l’expliquent certains philosophes, historiens ou sociologues des sciences, auxquels semble échapper l’essentiel du débat, mais d’une réelle controverse scientifique. La situation des sciences du climat en France pourrait faire croire le contraire, les scientifiques audibles sur la question allant tous dans le même sens, celui qui a l’oreille des médias et des politiques. La lecture de la presse étrangère, des blogs de scientifiques et a fortiori des revues spécialisées conforte cette analyse, malgré parfois la parution d’articles voulant mettre en évidence le consensus, qui ne font guère illusion mais ont les relais médiatiques permettant de marquer les esprits.

Si la presse française répète tant qu’il n’y a pas de débat scientifique sur le réchauffement climatique, sa mesure, ses conséquences, son origine anthropique, c’est pour justifier le traitement médiatique partisan qu’elle en fait. Une position qu’il sera de plus en plus difficile de tenir, alors qu’un nombre croissant de scientifiques annonce pour les 20 ou 30 prochaines années (parfois plus) une évolution thermique contraire aux prévisions du GIEC, alors que de plus en plus les journaux étrangers osent poser les questions qui fâchent. Nul doute pourtant que restera inchangée en France la couverture médiatique des événements météorologiques plus ou moins violents, vite rebaptisés « catastrophes climatiques », ce qui n’a aucun sens mais permet implicitement d’en faire des événements anormaux et d’incriminer le réchauffement anthropique. Les deux années qui nous séparent du prochain fiasco de COP21, que la France s’enorgueillit déjà de recevoir, devrait à cet égard marquer l’acmé du désastre journalistique que nous infligent les médias de masse en la matière. Après avoir si profondément touché le fond, il ne sera pas aisé de refaire surface.

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